Face du son

Christian Hubin

– 56 p. – 21 x 14,5 cm – 2017 – ISBN 978-2-905573-15-5 – 11 €

Ouvrage publié avec le concours de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée.

 

Dans le dépouillement caractéristique de sa poésie, dans l’approche de l’interstice même où la parole conjugue quête et silence, le dernier recueil de Christian Hubin guide son lecteur vers l’ombre native de toute voix, s’y fait hymne à la face sans fond.

 

Une lecture de Jacques Ancet

Cher Christian,

Villaz, 22 mai 2017

Toujours cette même écriture réticulaire par « fraction / hiatus », par quoi tu nous mets entre, là « où ce qui n’est // ne cesse pas ». Dans l’apnée du pré-apparaître. Avec la préhistoire… maintenant. Tes — comment appeler ça ? ni poèmes, ni fragments —, tes (faute de mieux), tes bribes sont comme des concrétions peu à peu formées d’un goutte à goutte primordial où s’entend, dans les cavités d’un fond hors temps, l’écho réverbéré de « l’avant d’être ».

Que dire sur ce qui ne dit pas mais manifeste ? Ce que tu écris est au sens propre incomparable. La seule comparaison qui me viendrait à l’esprit n’appartient pas au domaine de l’écriture mais de la musique : Webern.

J. A.

 

 

Note de lecture de Régis Lefort (extrait)

Face du son relève plutôt d’une forme de constat et bat en brèche toute quête, vaine par essence. Le poème ne va pas chercher, il ne va pas se chercher, il n’est pas question de plonger dans « l’inconnu pour trouver du nouveau » : le poème git au plus profond dans ce qui n’est pas, dans ce qui hurle et n’est pas, et pourtant est, dans ce qui hurle de son prolongement de ne pas pouvoir hurler.

« Réverbération », cette « face du son », venue d’une source qui n’a pas mille facettes mais n’en possède aucune, pourrait se transformer en un face au son. De « du » à « au », on glisse vers la destination qui n’a pas de destination. Ce qui s’absente en s’éloignant, non pas se détache mais devient poreux, et laisse dans l’insoutenable légèreté de l’être. Là est la profondeur même. Dans ce que l’écho ne révèle jamais, qui l’a fait naître.

À moins que, de « du » à « au », cette face du son retrouve l’autre face, celle qui lui manque pour résonner ou s’incorporer et traverser à nouveau : le lecteur.

Et c’est peut-être là qu’est cette façon de ciel, chez Christian Hubin, là, dans la rencontre, dans l’espace de la rencontre, dans le poème, seul lieu où se sentir vivant. Car qu’est le poème sinon ce qui fait face, ce qui crée visage, image de mots reconnue comme. Qu’est le poème sinon la chair écartelée, une violence insoumise. Qu’est le poème, enfin, sinon l’érection du son dans la porosité du langage. Et c’est dans ce son, dans la face de ce son qui résonne en nous, que nous associons l’imperceptible, le donné et l’enfoui de ce qui nous a fait naître et n’être, et qui se cherche dans le poème. Et se reconnaît. Il s’agit du son, de la face du son. Comme unique. Comme élevé. Vers la transparence.

R. L.



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