La remontée des eaux
Jean-Pierre Chambon – 96 p. – 21 x 14,5 cm – 2025 – ISBN 978-2-905573-41-4 – 16 €
Ouvrage publié avec le concours de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée.
Mais plus loin encore, sous la voûte des aulnes et des frênes à travers laquelle tremble la lumière de l’été, le long des langues d’eau chuchotant leur chanson enjôleuse, vers ces zones retirées où certainement la durée ordinaire là non plus n’a plus cours, là où remontant le lit de galets nous aurions tant voulu nous enfoncer jusqu’à nous perdre, l’inconnu nous appelle, ne cessera jamais de nous appeler.
L’eau qui coule de source, l’eau originelle, l’eau des ruisseaux, des rivières et des fleuves ne cherche par sa course qu’à s’affranchir des terres qui la contiennent et la portent pour aller se perdre dans la mer, cet infini d’oubli d’où elle pourra renaître, vaporeuse, aérienne, enlevée à travers ciel au gré des vents. Écrire, ne serait-ce pas faire le chemin à rebours, remonter le cours de la mémoire à la recherche de la source, alors que l’eau qui continûment s’enfuit semble tout absorber, tout dissoudre, tout effacer ?
Au fil du temps, pour peu qu’on veuille s’y pencher, chacun pourrait établir sa propre cartographie mentale et y dessiner les méandres d’un réseau hydrographique particulier qui, sans qu’il n’y ait jamais vraiment prêté attention, s’est inscrit en lui avec ses ramifications complexes, à l’image d’un système sanguin, mais où tel vaisseau, telle artère, se révèlerait intimement plus proche du cœur. Les cours d’eau, on ne pourra jamais connaître leur parcours entier : on ne les a vus qu’à un endroit, ou deux, depuis la berge d’où on se souvient les avoir regardés distraitement couler, du pont par lequel on les aura traversés.
Je ne saurais sincèrement dire comment ni pourquoi le désir m’a pris de me livrer à cet exercice de mémoire qui aura consisté à essayer de ressusciter par l’écriture le passage de l’eau insaisissable, de retrouver, en les recréant, les lieux où j’ai croisé son cours et les moments où j’en ai été ému.
Jean-Pierre Chambon (Avant-propos)
« Jean-Pierre Chambon y revisite ses divers souvenirs de cours et points d’eaux, sources et canaux, avec grâce et justesse. La prose (poétique) est parfaite, classique — elle a cette neutralité sublime d’une langue qui fait impartialement rêver — et fluide — son récit nous laisse, libéralement, jouir du monde qu’il fait saisir… »
Marc Wetzel (Poesibao)


